Travailler pour une entreprise japonaise

Si vous venez vivre au Japon, vous allez devoir travailler pour gagner votre vie. Et d’une manière ou d’une autre, vous allez travailler pour une entreprise japonaise. Je vous propose donc avec cet article, un petit éclairage sur le monde du travail japonais et sur ces différences culturelles qui vont affecter votre vie quotidienne.

Il faut déjà commencer par intégrer l’idée que le mode de travail à la japonaise est à l’opposé du mode de travail à l’occidentale. Le management, l’organisation hiérarchique, la quantité de travail et le type de tâches effectuées seront différents de ce que vous avez pu expérimenter avant en France.

Le rythme de travail japonais

Au Japon, un proverbe dit qu’on se marrie 2 fois : Une fois avec son entreprise et une deuxième fois avec son mari/femme. Et les salarymen japonais eux le savent bien ! Le travail dans une entreprise japonaise n’est pas particulièrement intense mais ce qui est tuant en revanche, c’est le temps de présence surréaliste exigé par les entreprises. Les heures supplémentaires sont légion et la pression est souvent énorme de la part de la compagnie. Si ce n’est pas des heures sup’, c’est du travail maison, un évent le weekend, etc. Ils passent littéralement tout leur temps au boulot. Pour des étrangers venant travailler au Japon et habitués à un emploi du temps plus light, il est difficile de s’habituer à cette cadence. C’est à mon avis une des raisons pour lesquelles les français rentrent en France après un certain temps passé au Japon.

Et des initiatives comme les Premium Fridays par exemple (article Japan Times, en anglais) mis en place en 2017 pour inciter les employés à rentrer chez eux, ont très peu d’effets, car les entreprises sont au final bien peu à les mettre en place. Et les salariés eux-mêmes rechignent à s’auto-émanciper. Il n’y a pas de vague de changement dans le monde du travail japonais à ce sujet et le karoushi (過労死) la mort par excès de travail, a encore de beaux jours ici.

J’ai aussi la désagréable impression que ce ne sont pas tellement les lois japonaises qui sont contraignantes, mais ce sont en fait les entreprises qui bénéficient d’une liberté quasi absolue pour appliquer en interne les règlements qui leur plaise.

Concernant les jours de travail, il est courant ici de travailler le samedi ou le dimanche ou d’avoir un weekend « divisé » avec le lundi et le jeudi de congé par exemple. Le Japon n’étant pas un pays catholique, le weekend classique n’a pas vraiment cours. Ce sont justement ces deux jours qui sont les plus busy en terme de clientèle donc les magasins sont très souvent ouverts et certaines entreprises aussi. Et du coup, il faut que les employés bossent… Inutile de vous dire que les débats nationaux du genre « Faut-il travailler le dimanche ? » n’ont pas cours sur l’archipel.

Les réunions à répétition

S’il y a une chose que les japonais adorent faire en entreprise, ce sont les meetings. Une importante partie de leur temps de travail est consacré à préparer et assister à ces fameux meetings appelés kaigi (会議) ou chorei (朝礼) lorsqu’ils ont lieu le matin.

C’est surtout une énorme perte de temps. Ce sont des réunions très encadrées, réglées comme sur du papier à musique où une grosse partie du temps est consacrée à papoter boulot entre collègues et à s’échanger de formules de politesse. Et malgré ces meetings à répétition, la productivité des japonais reste faible. Cet article (Courrier International, en Français) repris du Japan Times explique justement que l’omotenashi, la légendaire qualité de service japonaise est probablement responsable de cette perte de temps.

Les vacances

Alors à ce niveau-là, rien à voir avec la France et ses 6 semaines de vacances en moyenne ! Les entreprises japonaises offrent en moyenne 15 jours de congé à leurs salariés mais les utiliser relève de la gageure ici ! La principale raison est que les entreprises nippones culpabilisent implicitement leurs employés en leur faisant comprendre que s’ils partent en congé, d’autres personnes vont devoir s’occuper de leur charge de travail… Il est difficile de juste partir et reprendre son travail où on l’a laissé car le travail doit être fait en temps et en heure. Il faut donc toujours avoir une excellente raison pour s’absenter et cette impossibilité implicite de prendre des vacances fait que les employés utilisent en réalité peu leurs jours de congé. Récemment, le gouvernement japonais a même fait passer une loi (article Le Figaro) pour obliger les gens à les prendre. Forcer des gens à partir en vacances, on marche sur la tête…

Dans de nombreuses compagnies également, les congés maladies n’existent pas et si vous tombez malade et que vous devez vous absentez du travail, on vous déduira ce temps d’absence sur vos jours de congé… Et dès que n’avez plus de jours de congé, on vous décomptera ça de votre salaire… Super ! 

Le respect absolu des aînés

Un autre aspect important des relations japonaises au travail est le respect quasi militaire des supérieurs hiérarchiques. Dans une entreprise japonaise, toutes les décisions viennent d’en haut et rien ne doit être contesté. Le pouvoir est descendant et le management attend des employés qu’ils soient dociles, corvéables et impeccables de politesse. Autant dire que si le management ne vous a pas à la bonne ou l’inverse, je vous conseille de décamper car votre vie va vite devenir un enfer. Au Japon, on ne vous vire pas ou très rarement. Par contre, on va vous mettre la misère constamment.

Un schéma bien représentatif : En bleu, la vision occidentale du boss. En rouge, celle asiatique.

Ce management autoritaire permet peu de développement personnel et d’échanges d’idées. La devise pourrait être « Vous faites ce qu’on vous dit ou on trouvera quelqu’un de plus obéissant qui le fera à votre place ». Et beaucoup d’occidentaux ont du mal avec le fait de se retrouver face à une hiérarchie qui avance à l’aveugle sans écouter ses subordonnés. Et se retrouver à faire des tâches illogiques ou contre-productives peut se révéler frustrant.

Je précise que ce type de management japonais concerne principalement les grandes entreprises et surtout les plus anciennes. Les start-ups et les PME ont plus tendance à adopter des méthodes de travail plus modernes, internationales et donc moins exigeantes. Surtout quand elles emploient des étrangers où font du business à l’international.

Le signe le plus flagrant de cette façon de concevoir la hiérarchie entrepreneuriale est visible lors de la phase de recrutement post-universitaire appelée shuushoku katsukou (就職活動) (Japan Daily, en anglais). Ni vos études, votre expérience et donc ce que vous pouvez apporter à l’entreprise n’importe au final pour votre recrutement. On demande simplement aux gens d’être des pages blanches (Japan Today, en anglais) afin que l’entreprise puisse vous former de A à Z. L’objectif c’est que vous deveniez corps et âme l’entreprise pour laquelle vous travaillez.

Les cadeaux

Une tradition bien ancrée dans le monde de l’entreprise ici, c’est de s’offrir des petits cadeaux entre collègues. En général dès que quelqu’un voyage, il ramène des petits cadeaux pour ses collègues. Souvent de la nourriture dans de jolies boites. C’est une petite attention qui peut paraître anodine, mais vous vous rendrez vite compte de l’importance que ce geste peut avoir. C’est une vrai marque de considération envers vos collègues et supérieurs.

L’embarras du choix et pour un prix abordable souvent.

Souvent, on n’attendra pas de votre part ce genre de comportements car une fois de plus, vous êtes un étranger et donc vous n’êtes pas censé être au courant. Mais dès que vous partez quelque part, pensez à ramener des spécialités locales pour vos collègues. C’est un petit rien qui vous permettra de monter dans leur estime et de montrer que vous connaissez les traditions. 

Les bonenkai et les nomikai.

Une autre coutume dans le monde du travail nippon, ce sont les soirées entre collègues appelées « nomikai » ou « bonenkai » si elles ont lieu à la fin de l’année. C’est un passage obligé pour soi-disant renforcer les liens sociaux entre collègues. Attention, ne pas y aller donne l’impression qu’on a pas envie de s’intégrer dans la vie de son entreprise. Là aussi, il faut avoir une bonne raison pour sécher. C’est un véritable phénomène de société ici et de nombreuses compagnies en organisent si régulièrement que l’image du salaryman japonais bourré est un stéréotype culturel qui a tourné partout dans le monde jusqu’à chez nous en France via la manga-sphère et les animés. Attention si vous y participez c’est souvent un concours de boissons pour prouver qu’on sait se la coller. Il vous faudra montrer que les français ont un foie en acier !

Les déboires de la socialisation en entreprise au Japon.

Voilà, c’est tout pour cet article qui j’espère ne vous aura pas découragé de venir travailler au Japon car il faut considérer le fait que travailler en tant qu’étranger au Japon et travailler comme un japonais n’offre souvent pas les mêmes conditions de travail. Je dirai qu’en général on n’attend pas des étrangers la même dévotion envers l’entreprise que les japonais et les types d’emplois/tâches effectués sont souvent aussi un peu différents. On est en général un peu épargné comparé aux locaux sur les points que j’ai cité plus haut.

Et en tant que collègues les japonais sont souvent des personnes très cordiales et si vous tombez sur la bonne entreprise avec le bon management qu’il faut, vous aurez trouvé le boulot rêvé !

 

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