Travailler pour une entreprise japonaise : avantages et inconvénients

Avec cet article, je vous propose un petit tour d’horizon du monde de l’entreprise nippon en mettant en avant les avantages et les inconvénients qu’il y a à travailler pour une entreprise japonaise.

Évidemment, je vais parler de mon expérience personnelle car je n’aurai pas la prétention de parler au nom de tous les expatriés au Japon. Mais je vais aussi bien entendu aussi prendre en compte les récits et anecdotes que j’ai pu entendre ici et là auprès d’amis, de collègues ou de rencontres depuis que j’habite sur l’archipel.

Je précise également que même si je parle du monde de l’entreprise typiquement japonais, ce que je rapporte dans cet article a de très fortes chances de s’appliquer également aux entreprises étrangères et internationales qui y sont installées pour la simple et bonne raison que les règlementations, coutumes et lois japonaises concernant le monde du travail s’appliquent à toutes les entreprises domiciliées au Japon.

Enfin, cet article n’est PAS une comparaison entre le monde l’entreprise au Japon et en France ou ailleurs ! Je ne cherche pas à montrer que travailler pour une entreprise japonaise c’est mieux ou moins bien que dans d’autres pays donc inutile de laisser un commentaire du style : « Oui mais en France… », je trouve cela parfaitement inintéressant et contre-productif.

Cet article n’est pas non plus un classement ni une liste exhaustive des avantages et des inconvénients à propos du monde de l’entreprise nippon. Chacun est libre de penser différemment et d’avoir un vécu différent à ce sujet.

Maintenant que tous ceci est précisé, on peut passer à la comparaison et on commence par les avantages !

Travailler pour une entreprise japonaise : les avantages

Travailler pour une entreprise japonaise : avantages et inconvénients

  • Le salaire. Travailler pour une entreprise japonaise permet le plus souvent de s’assurer un revenu confortable, surtout en tant qu’expatrié. Selon le site japonais de recherche d’emploi Doda (en japonais), le salaire médian au Japon se situe à 4.14 millions de yens par an (environ 34.000 € par an) ce qui correspond à un peu plus de 2.800€ par mois. Un montant suffisant, même pour vivre dans une ville comme Tokyo donc.

Petit bémol quand même car je ne pense pas que ce chiffre prenne en compte les baitos, ces petits boulots avec ou sans contrats fixes que de plus en plus de Japonais font et qui sont le plus souvent payés au taux horaire minimum. D’ailleurs malgré le fait que ce salaire horaire minimum soit ajusté en fonction du coût de la vie dans chaque préfecture, il faut souligner qu’il est étonnamment bas pour un pays comme le Japon. En 2020, il était par exemple de seulement 985¥ pour la préfecture de Tokyo ce qui fait environ 8€ alors qu’au même moment le Smic horaire en France est de 10.15€ pour un coût de la vie bien plus bas.

Lire aussi : Les baitos au Japon

  • Les bonus. Au Japon, les bonus vont presque systématiquement de pair avec le salaire, sauf quand vous êtes enseignant de langue malheureusement. Vous pouvez en général espérer deux bonus par an, parfois même jusqu’à quatre, voire jusqu’à six en fonction du secteur et/ou de la générosité du système mis en place dans votre entreprise ! Sachez que le montant de ces bonus varie fortement en fonction des entreprises, d’une modeste indemnité jusqu’à l’équivalent d’un salaire ou plus à chaque fois si votre travail ou les performances économiques sont bonnes !

Notez que les bonus n’ont rien à voir avec l’augmentation annuelle du salaire en fonction de l’ancienneté. Ils peuvent aussi bien ne dépendre que des performances économiques de l’entreprise ou de celles du salarié. Ils sont donc assez aléatoires d’une année à l’autre, même pour une même personne travaillant dans la même entreprise.

  • L’examen de santé. Appelé kenkou shindan (健康診断), ce bilan de santé complet est proposé tous les ans aux employés au Japon. Il est obligatoire mais entièrement gratuit, permettant ainsi aux employés d’économiser une somme d’argent conséquente en frais de santé. Cet examen de santé est très certainement un reliquat de l’ancien système social au Japon où l’entreprise devait pourvoir jusqu’au bien-être physique de ses employés. Ce système tombe petit à petit en désuétude, mais l’examen de santé est toujours bien d’actualité.
  • Les évènements d’entreprise. Par évènements j’entends les soirées entre collègues (appelées nomikai) les voyages et autres types d’évents. Il y a pas mal d’occasions dans l’année où ils ont lieu, notamment en fin d’année avec les soirées appelées bonenkai. C’est une bonne occasion de mieux connaitre ses collègues et de décompresser un peu et le tout aux frais de la boite bien sûr.

J’aurai aussi bien pu catégoriser ces évents dans les inconvénients car tout le monde n’a pas forcément envie de passer une partie de son temps libre avec ses collègues. Car malgré le fait que ces évents ne soient – normalement – pas obligatoires et gratuits, certaines entreprises voient d’un très mauvais œil le fait de se dérober constamment aux soirées d’entreprises. S’abstenir de participer trop souvent peut être mal vu car certaines entreprises considèrent ces évents comme une manière pour leurs employés de prouver leur dévouement et leur esprit d’équipe.

Travailler pour une entreprise japonaise : les inconvénients

Travailler pour une entreprise japonaise : avantages et inconvénients

  • Le manque de vacances. Au Japon, chaque nouvel employé se voit généralement attribuer 10 jours de congé payé par an lorsqu’il commence un nouveau travail. Chaque année d’ancienneté permet de gagner un ou deux jours de congé en plus jusqu’à un maximum de 20 jours par an au bout de plusieurs années. C’est assez peu comparé à ce qui se fait dans d’autres pays.

Mais le véritable problème réside surtout dans le fait que souvent, ces rares vacances sont difficiles à prendre. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû inventer des excuses pour pouvoir poser un simple jour de congé ! Très souvent, vos responsables vous font culpabiliser sur le fait que si vous vous absentez, votre charge de travail retombera sur quelqu’un d’autre. On m’a même parfois demandé de trouver moi-même le collègue pour enseigner à ma place. C’est le genre de truc qui met toujours une bonne ambiance entre collègues…

  • En parlant d’ambiance au travail, c’est un autre inconvénient majeur ici. Le monde de l’entreprise au Japon est, selon moi, le principal lieu ou l’on peut observer dans toute sa splendeur la culture du Honne (ce que l’on pense vraiment – 本音) et du Tatemae (l’image de façade, souvent fausse, que l’on affiche en public). Les Japonais sont les rois du coup de poignard dans le dos et cela crée bien souvent un environnement et une culture d’entreprise délétère.

Sur l’archipel, le milieu de l’entreprise est tellement strict, compétitif et exigeant, que les gens sont prêts à tout pour tirer leur épingle du jeu, quitte à vous rendre la vie impossible ou à vous laisser crever la gueule ouverte quand vous êtes en difficulté. Bien évidemment ce genre de comportements malfaisants sur le lieu de travail existe ailleurs dans d’autres pays. Mais au Japon, ils sont vraiment ancrés dans la culture, même s’ils ne sont pas forcément systématiques. Par conséquent, cela ne concerne pas que les étrangers et que les Japonais sont les premiers à en souffrir.

  • Le harcèlement et les discriminations sur le lieu de travail. Ça fait un peu doublon avec le point du dessus, mais je trouve que c’est important d’en parler aussi. Et loin de moi l’idée de désigner le Japon comme étant un endroit où il y aurait plus de discriminations qu’ailleurs, mais ici elles sont presque institutionnalisées.

C’est simple, les Japonais ont un mot pour chaque type de harcèlement (ハラスメント) : le power hara (パワハラ) le harcèlement par les supérieurs hiérarchiques, le harcèlement sexuel (seku hara – セクハラ), le harcèlement envers les femmes enceintes et les nouveaux pères (mata hara – マタハラ et pata hara – パタハラ), le harassement moral (モラハラ), le harcèlement par les clients (customer harassment – カスタマーハラスメント), le harcèlement basé sur l’âge (ageing harassment – エージングハラスメント) et le meilleur pour la fin, le jitan harassment (時短ハラスメント) quand on se fait harceler après avoir réduit son temps de travail pour n’importe quelle raison…

Il y en a d’autres rassurez-vous, mais ils ne concernent pas spécifiquement le monde de l’entreprise alors je ne les ai pas noté ici. Et c’est sans oublier le racisme envers les travailleurs étrangers qui peut concerner n’importe quel expatrié à un moment où un autre. Il est probablement moindre pour les Européens et les occidentaux en général mais beaucoup plus fort à l’encontre des autres Asiatiques. Tous ces bizutages et harcèlements en fonction de l’ancienneté, du sexe ou de l’ordre hiérarchique font donc partie intégrante du monde de l’entreprise au Japon et malheureusement, je ne pense pas que cela changera de sitôt.

  • Les heures supplémentaires. C’est malheureusement difficile d’y échapper dans ce pays. Très souvent, on peut même déjà lire sur l’offre d’emploi combien d’heures supplémentaires il y aura à effectuer chaque jour ou par semaine… Combiné au manque de vacances, c’est d’ailleurs l’une des principales raisons qui fait craquer les expatriés occidentaux et les pousse à rentrer chez eux.

Lire aussi : Pourquoi les Français partent du Japon ?

Voilà, c’est tout pour ce comparatif sur le monde de l’entreprise au Japon. J’espère qu’il vous aura offert un éclairage intéressant sur le fait de travailler pour une entreprise japonaise, avec ses avantages et inconvénients.

Bien sûr, c’est à vous de juger quels arguments pèsent le plus dans la balance pour vous. J’ai listé là ceux qui me semblaient les plus importants, en nombre équitable pour chaque, mais il y aurait encore beaucoup à en dire. Et bien sûr, chacun aura une expérience différente du monde de l’entreprise au Japon en fonction de la région/ville où il habite, de son entreprise, de supérieurs et de ses collègues et de tant d’autres paramètres.

N’hésitez pas à commenter ou à partager l’article s’il vous a plu !

À bientôt sur MycrazyJapan !

 

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