Pourquoi je n’élèverai pas mes enfants au Japon

Je vous rassure tout de suite très chers lecteurs, j’y suis pas encore !

Mais maintenant que ça fait quelques années que j’habite au Japon, c’est une question que je me suis déjà posé. Si jamais j’ai des enfants avec une japonaise, est-ce que je choisirai de les élever au Japon ou en France ? Ou ailleurs même. J’imagine que ça peut paraître paradoxal de vivre et travailler dans un pays étranger, mais de ne pas vouloir y fonder une famille. Mais après avoir pesé le pour et le contre, même si le Japon est un pays où j’adore vivre, je ne pense pas que j’y élèverai mes enfants. Du coup, je me fends d’un article pour vous expliquer les principales raisons pour lesquelles je ne pense pas élever mes éventuels enfants sur l’archipel.

Une des raisons pour lesquelles j’écris cet article c’est que depuis que je suis au Japon, il y a une phrase qui revient dans la bouche de presque tous les étrangers (surtout des gars) que j’ai rencontré et qui ont vécu au Japon un moment : « Ne fais jamais d’enfants à une japonaise. » J’en parlais déjà dans cet autre article. Cette phrase, je l’ai entendu je ne sais pas combien de fois et je ne suis pas le seul. Et au bout d’un moment on finit forcément par se dire qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Du coup, je me suis toujours demandé quelles pouvaient être les raisons pour lesquelles autant d’étrangers vivant au Japon déconseillaient d’avoir des enfants ici. Et petit à petit, j’ai commencé à comprendre.

En fait, ce n’est pas tellement le fait d’avoir des enfants avec un ou une japonaise qui semble poser problème, mais plutôt le fait d’élever des enfants au sein du système japonais. Il y a une telle série d’obstacles et de difficultés que beaucoup se découragent ou déchantent après coup. J’ai l’impression qu’il y a plus d’hommes affectés par ces problèmes. Après ma perception du problème est peut-être tronquée parce que je suis un mec aussi…

Voilà les principales raisons pour lesquelles je n’ai pas envie d’élever mes enfants au Japon

  • Tout d’abord, le fait de devenir un père étranger au Japon.

Car les pères étrangers n’ont aucun droit sur le sol nippon. Pas seulement les pères étrangers en fait. Ils sont plus visibles car le plus souvent dans les couples mixtes au Japon, c’est l’homme qui est étranger et la femme japonaise, mais ce sont indifféremment les parents étrangers qui sont concernés.
Tant que le couple fonctionne, pas de souci majeur. Mais dès qu’il y a divorce, les vrais problèmes commencent. Après la rupture, le parent étranger n’a aucun droit. Les enfants vont souvent rester avec le parent japonais -souvent la mère donc- qui aura tous les droits sur eux dont celui de décider si vous pouvez les voir ou non. Comme une rupture ça se passe rarement bien, pour un rien vous pouvez perdre votre progéniture pour toujours. Si en plus vous décidez de rentrer en France pour x raisons, vos enfants grandiront dans un autre pays avec une autre culture et une autre langue. Le divorce arrive de plus en plus souvent au sein des couples et franchement savoir qu’un jour cette épée de Damoclès peut vous tomber sur le coin de gueule, c’est stressant. Cet article paru dans le journal Libération présente très bien le problème qui à l’heure actuelle est toujours loin d’être résolu.

En fait, le Japon a institutionnalisé le kidnapping d’enfants. Comme c’est un problème qui touche indifféremment les étrangers, tous pays confondus, hommes ou femmes, c’est devenu un problème international au point que le Japon est accusé de violer la convention de la Haye ! Sur Internet, vous trouverez beaucoup d’histoires assez choquantes sur ce sujet comme dans cet autre article.

Une représentation de la famille japonaise par l’artiste nippon アボガド6. Ça se passe de commentaires…
  • L’autre aspect vraiment peu attrayant selon moi, c’est l’éducation et le système scolaire nippons.

On entend beaucoup parler des écoles japonaises qui sont des modèles d’apprentissage du respect, de la politesse, de la propreté et j’en passe. C’est totalement vrai et ce sont des valeurs très importantes. D’un autre côté, ce n’est plus vraiment un secret, tout le monde sait que l’école au Japon ne vous apprends rien, en particulier l’université. Et ce n’est pas moi qui le dit, ce sont souvent les Japonais eux-mêmes qui me le disent ! En fait, les entreprises japonaises se chargent elles-mêmes de former les étudiants/futurs employés lorsqu’ils sont embauchés donc les universités restent très généralistes. On vous demande juste d’être une page blanche identique aux autres pour qu’on puisse tout vous (ré) apprendre. Une perspective pas très attrayante…
De plus, le système scolaire japonais (comme dans d’autres pays d’Asie tels que la Corée ou la Chine) est très compétitif, très exigeant et très stressant. Je suis juste prof d’anglais ici et tous mes jeunes élèves ont des emplois du temps plus chargés que moi ! Et je bosse déjà beaucoup comme vous le savez sûrement…

Pour finir sur ce chapitre, je rajoute le coût faramineux de l’éducation au Japon, du début à la fin. Entre l’école et le coût de la vie, élever un enfant ici coûte un rein et comme je n’ai aucune envie de m’amputer d’un organe pour subvenir aux besoins de ma progéniture, j’irai voir ailleurs.
Le Japon cherche depuis quelques années à s’expliquer sa continuelle et inéluctable décroissance démographique. Et bien voilà sûrement une raison…

  • Le dernier point négatif pour moi, c’est le développement personnel et la mentalité.

C’est un peu la continuité de ce que j’explique dans le paragraphe juste au-dessus. La faute est partagée entre le système éducatif et la société japonaise qui ne permettent pas un développement personnel suffisant. Les japonais ne vivent pas pour eux, ils vivent pour et en fonction des autres. Leur société toute entière est tournée vers l’effort collectif où chacun a un rôle précis et limité. Une société de fourmis en quelque sorte, sans être désobligeant. Il y a des avantages et des inconvénients à cette conception du monde et il est plus dur de s’y conformer quand on a vécu autre chose pendant longtemps.
Plus généralement, je trouve les japonais, jeunes et adultes, bien trop complexés, introvertis et peu ouverts sur le monde. Comme des enfants qu’on aurait trop couvé… Et à cause de ce système éducatif chronophage au possible, j’ai l’impression que les japonais vivent leur adolescence entre 25 et 30 ans plutôt qu’entre 15 et 20 ans.
L’éducation nippone est aussi très ethno-centrée et nombriliste. Et dans le monde actuel ce n’est plus un modèle durable. Tout le contraire du système français par exemple qui selon moi valorise bien plus les expériences extra-scolaires, les stages, les boulots d’été, les échanges universitaires internationaux, etc. Tout ça permet le développement d’individus mieux construits, mieux informés et plus débrouillards qu’ailleurs. C’est vraiment juste mon opinion. Je n’aimerai pas que mes enfants se comportent comme des robots…

Sinon je trouve aussi qu’on se ramollit en vivant au Japon. La sécurité est optimale et la vie vraiment très tranquille. Après quelques années passées ici, on finit par oublier qu’il existe des voleurs, de la violence ou tout simplement que la vie quotidienne peut être difficile. Sans vouloir être cruel, je préfère que mes enfants s’endurcissent un peu dans un environnement moins douillet.

En revanche, je suis plutôt pour le fait qu’ils aillent à l’école au Japon les premières années de leur vie. Ça leur donnera des bonnes bases je pense.

Après je ne suis pas catégorique non plus dans ma décision. « IN MEDIO STAT VIRTUS » ⇒ La vertu est éloignée des extrêmes comme on dit. Et on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Le Japon reste un super pays pour vivre (sinon j’en serai déjà parti !) et il possède plein de points positifs (sécurité, propreté, plein emploi, environnement sain, très bon niveau de vie, etc.). Je suis totalement ouvert à l’idée que mes enfants devront connaître un maximum du Japon et je suis aussi pour qu’ils y passent beaucoup de temps. Il faut évidemment qu’ils connaissent leur famille japonaise, il n’y a de raison de les pénaliser de ce côté-là.
Je pense aussi que je choisirai d’apprendre à mes enfants le japonais dès le plus jeune âge en même temps que le français, même si ils vivent en France. C’est une partie de leur histoire et de leur culture et il est important qu’il grandissent avec. Même si l’anglais est une langue importante, ils auront toujours l’occasion de l’apprendre plus tard. Et puis ça me poussera à toujours essayer d’améliorer et de conserver mon niveau de japonais.

Voilà, c’était mon opinion sur le sujet ! Si jamais avez eu à faire ce choix difficile ou que vous avez un avis différent sur la question, postez un commentaire ! En tout cas, dès que j’aurai mes petits MycrazyJapan à moi, je vous posterai des photos promis !

 

7 Comments

  1. Salut, je vis à Kyoto depuis aussi longtemps (aussi arrivé en septembre 2014) et j’ai un bébé en route pour cet été. Je pensais la même chose que toi il y a un an et ne voulait pas en arriver la avec une japonaise. Tout a vite changer et forcément ce sont des questions que je me suis reposées et qui m’inquiètent (je me les pose encore d’ailleurs). Mais je reste plus optimiste : tout ce que tu dis es vrai, mais concerne surtout les japonais au Japon.
    En tant que français, je compte bien éviter de faire de mon fils un robot docile et je connais assez d’autres parents franco/japonais pour me rassurer (un peu) sur la question. D’une part il y a des solutions alternatives (ex : l’école française à Kyoto), d’autres part le Japon évolue vite en ce moment et s’ouvre à l’étranger (quoique je ne suis pas convaincu que ça vraiment changer avant qu’il grandisse).

    • Merci pour ton témoignage Stef ! Oui il faut rester optimiste tu as raison même si les changements risque d’être vraiment lents. Tu as bien raison en tout cas, d’essayer d’élever ton enfant « à ta manière » et aussi de chercher conseils auprès d’autres personnes dans ton cas.

  2. A propos de l’enlèvement d’enfants, le Japon ne reconnaissant pas la double nationalité, est-ce que donner la nationalité du parent étranger (quand c’est faisable) peut permettre de s’en protéger ? ou est-ce que le Japon est en mode « osef total » ?
    Dans ce cas, si l’enfant n’est pas Japonais, est-ce qu’il lui faut aussi un visa pour rester au Japon ? (même s’il y est né)

    • Alors je ne suis pas sûr à 100% mais je crois que si l’enfant naît au Japon, il est japonais d’office et à sa majorité il peut choisir de changer. Alors qu’en France en faisant les papiers nécessaire l’enfant naît aussi français mais il peut avoir un passeport japonais, ce qui équivaut à une carte de résident illimité sans être citoyen japonais pour autant.

  3. des vérités, mais pas que… par exemple, le plein emploi n’est qu’une façade, les sans emplois ne l’avouent pas à leur famille, tellement la honte que le salary man sans emploi partira chaque matin comme s’il allait au bureau.
    A l’école celui qui est différent se sentira exclu « il faut taper sur le clou qui dépasse »

  4. Merci pour votre commentaire. Au départ nous en sommes très étonnés, mais voyant le manque de naissances et la moyenne d’âge élevée des Japonais on peut comprendre cette politique même si je ne la soutiens absolument pas. Ce protectionnisme se retournera contre ce peuple. Désolant en fait !

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