Les Japonais vont-ils disparaître ?

Fin 2018, le journal The Japan Times annonçait que le nombre de bébés nés au Japon au cours de l’année écoulée était le plus bas depuis que les données avaient commencées à être collectées en 1899. (Lire l’article ici, en anglais)

En 2018, seulement 921.000 bébés sont nés, un chiffre qui se situe sous la barre du million pour la 3e année consécutive et ne permet plus un renouvellement de la population. Le déclin de la population n’est pas un phénomène nouveau au pays du soleil levant, mais il continue à prendre un peu plus d’ampleur chaque année. Tous les démographes s’accordent à dire que la population japonaise risque de passer d’environ 126 millions d’habitants actuellement à 88 millions en 2065. Tout ça en moins de 50 ans donc !

Alors pourquoi les Japonais ne font-ils plus d’enfants ? Quelles sont les vraies causes de ce déclin démographique ?

Un déclin inexorable qui s’est enclenché il y a bien des années.

Il y a plusieurs raisons qui permettent d’expliquer cette baisse massive et continue de la natalité sur l’archipel.

Les coûts liés à l’éducation des enfants. Un journaliste nippon, Masuo Yokota avance un chiffre : « Il faut compter, au minimum, 150 000 euros (Ndrl : environ 18 millions de yens) pour la seule éducation d’un enfant jusqu’à sa sortie de l’université ». Une somme qui même au Japon semble manifestement en décourager plus d’un d’avoir des enfants. Ceux qui pensent ne pas pouvoir assurer tous ces coûts préfèrent souvent ne même pas se marier. Car sans argent, pas de mariage. Et pas d’enfant non plus car ici mariage et procréation sont étroitement liés. Seuls 2 % des enfants naissent hors mariage ici. En France, c’est près de 60 % !

Le désintérêt des Japonais pour la sexualité. C’est malheureusement un phénomène national. Au total, près de la moitié des Japonais ne seraient pas intéressés par la chose. (article en anglais). Il y aurait plusieurs raisons principales citées par ceux qui ont répondu aux études sur la question : Être trop fatigué après le travail ou fatigué par l’acte en lui-même, avoir un désintérêt pour la chose après la naissance des enfants et enfin voir son conjoint comme un père ou une mère plutôt que comme un partenaire amoureux. Ceci concerne les couples bien sûr, mais les célibataires ne sont pas en reste. Beaucoup d’entre eux restent vierges une grande partie de leur vie. Le Japon a même inventé un mot pour désigner ce profil apparu au début des années 2000 : Soshoku Danshi, autrement dit, des « herbivores », peu intéressés par la vie de couple ou les relations sexuelles. Enfin, selon ces mêmes études, les relations sexuelles au sein des couples, même jeunes, sont apparemment plutôt rares.

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Tout ceci aboutit à ce que les médias nippons ont appelé le Syndrome du Célibat (sekkusu shinai shōkōgun – 症候群). En gros, face à toutes ces difficultés, beaucoup de Japonais préfèrent tout simplement renoncer à investir dans des relations amoureuses et rester seuls. Ce Syndrome du Célibat explique en grande partie à lui seul le fait que la population vienne à baisser si dramatiquement. Les chiffres font état de près de 70 % d’hommes célibataires entre 18 et 34 ans et 60 % de femmes célibataires au même âge, selon une étude menée par l’IPSS (Ndrl : Japanese National Institute of Population and Social Security Research).

C’est en fait un cercle vicieux. Au Japon, il faut toujours montrer qu’on donne le maximum au travail. Cela implique de faire de nombreuses heures supplémentaires, de ne jamais prendre de vacances, voire de venir travailler alors qu’on y est pas obligé ! Ici, la charge de travail imposée aux employés est souvent surréaliste. Du coup, beaucoup de gens n’ont ni le temps, la motivation ou l’énergie de chercher un partenaire pour fonder une famille. Ceux qui n’ont pas les moyens font peu ou pas d’enfants. Et même ceux qui ont les finances suffisantes n’engendrent pas de familles nombreuses. Il n’y a pas non plus de compensation à trouver auprès des populations rurales, où les familles sont traditionnellement plus nombreuses car au Japon, 95 % des habitants sont des citadins.

Pour résumer, sur l’archipel, on préfère en fait investir plus d’argent dans moins d’enfants.

Le système traditionnel nippon semblent donc se fissurer de l’intérieur. Bien que ce pays soit réputé pour être très attaché à ses traditions multiséculaires, ces dernières décennies ont vu naître de nombreux changements dans le mode de vie nippon : Individualisme, carriérisme, matérialisme, besoin de plus de liberté, envie de voyager plus et plus longtemps, etc. Les gens accordent plus de temps à leur bien-être personnel et semblent plus enclins à vouloir briser un carcan social trop rigide.
Les hommes japonais avouent souvent ne pas vouloir de copines car c’est trop d’argent, de responsabilités et de temps à y allouer. Les femmes elles, s’émancipent davantage, veulent de plus en plus garder leur indépendance ainsi qu’être plus active et se divertir sans contraintes.

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Tous ces changements s’opèrent aux dépens de la natalité et c’est la démographie de tout le pays qui en fait les frais.

Rien ne semble parvenir à inverser cette dynamique inquiétante. Ni les nombreux sites, forums et salons de rencontres, ni un ancien système de mariages arrangés qui a toujours cours officieusement, appelés omiaikekkon (お見合い結婚), ni les aides du gouvernement pour aider les nouveaux mariés et les familles ne semblent produire de résultats positifs.

Pour conclure, je dirai que malheureusement rien de tout ceci n’est vraiment nouveau. Il y a quelques dizaines d’années, le taux de fécondité sur l’île était suffisant élevé pour permettre un renouvellement des générations. Ce n’est plus le cas depuis bien longtemps. Le gouvernement et les citoyens japonais sont bien conscients de ce problème et de ses causes aisément réversibles car déjà identifiées.
Je pense que le pays n’arrivera pas à s’en tirer seulement grâce à l’immigration comme il compte le faire pour l’instant. Il faudra que des changements sociétaux, culturels et structurels profonds se produisent pour inverser cette tendance négative.

Mais rassurez-vous, contrairement à ce que l’on peut lire sur Internet, la population japonaise ne va certainement pas disparaitre. Elle va simplement vieillir et décliner pendant quelques décennies.

Aucun signe d’inversion de la courbe en vue sur les 80 prochaines années.

Maintenant est-ce forcément une mauvaise nouvelle ?

Dans ce pays surpeuplé qu’est le Japon où les gens s’entassent dans des mégalopoles gigantesques, il faut bien avouer qu’on se sent parfois à l’étroit. Et sans être un adepte de la décroissance, on peut tout de même voir certains avantages à une diminution de la population : les prix de l’immobilier par endroits sont tirés vers le bas, le plein emploi règne constamment et le taux de chômage reste stable (à environ 3 % en 2019), la pression démographique sur l’environnement est moindre, etc.

Voici quelques-uns des sites et des sources que j’ai utilisé ou dont je me suis inspiré pour rédiger cet article. Je vous invite à y jeter un coup d’œil ainsi qu’aux liens disséminés dans l’article pour avoir encore plus d’infos sur ce sujet et le Japon en général.

J’espère que cet article vous aura aidé à mieux comprendre ce phénomène !

À bientôt sur MycrazyJapan !

 

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