Se marier au Japon, fausse bonne idée ?

Pour beaucoup d’inconditionnels du Japon (surtout d’hommes j’imagine), l’envie de venir au Japon et le désir secret d’y trouver l’âme-sœur sont une vieille chimère, un mélange d’exotisme et d’aventure, de challenge et de romantisme exacerbés par une culture nippone idolâtrée via un filtre culturel très sélectif.

Je précise aussi avant toute chose que cet article n’est pas là pour vous décourager de vous marier avec des ressortissants nippons. Mais un petit rééquilibrage est toujours utile surtout sur un sujet polémique comme celui-ci. Le Japon est un pays par trop souvent mythifié.

On entend souvent chanter les louanges des japonaises par ceux qui les ont côtoyés. Un peu comme ces histoires de marins qui revenaient au port en racontant avoir vu des sirènes. La réalité comme souvent, est toute autre. En tout cas si j’en crois les myriades d’histoires que j’ai entendues et aussi lu sur le Web depuis que j’habite ici et que je vais essayer de résumer et d’analyser dans cet article. Je ne compte plus le nombre de fois où des étrangers vivant ici depuis un certain temps m’ont donné ces mêmes conseils : « Ne te marie pas avec une japonaise ! » et « Ne fais pas d’enfants à une japonaise ! ». Et je suis loin d’être le seul à m’être fait offrir ce genre de conseils.

Beaucoup vous diront ainsi que sortir avec une japonaise c’est souvent l’idylle. Se marier avec, c’est l’enfer ! Ce sont deux situations bien différentes.

Pour bien comprendre pourquoi se marier au Japon peut être problématique, il faut chercher à l’origine du problème : Pourquoi les japonaises veulent-elles se marier ?

Il faut déjà savoir qu’au Japon, le mariage, qu’il soit célébré à l’orientale ou à l’occidentale est une institution sacrée. Contrairement à la France où notre société est plus ouverte et progressiste à ce niveau-là (pacs, union civile, concubinage), le Japon est resté plutôt traditionnel : Au niveau de la loi, vous êtes soit marié soit célibataire.

Et pour beaucoup de femmes japonaises, le mariage est une des premières choses à checker sur leur liste de choses à accomplir dans la vie. Au Japon, l’usage veut que si une femme n’est pas mariée avant 25 ans, elle est officieusement considérée comme une vieille fille. Donc, c’est le rush pour éviter d’être laissée de côté car chaque année qui passe diminue les chances de trouver un bon partenaire. Pour symboliser cet engouement pour le mariage, un chiffre : Au Japon, seuls 2% des enfants naissent hors mariage (contre + de 50% en France). Et le monde du travail étant assez rude et ingrat envers les femmes sur l’archipel, il est normal que beaucoup aient envie de s’en extirper via un mariage : Faire un enfant et rester à la maison pour l’élever en utilisant l’argent du mari est plus simple. Et ce modèle familial où la femme quitte le foyer familial après son mariage pour se placer sous la protection de son mari est celui promu par la société nippone.

Maintenant voyons quelques aspects de la mentalité japonaise concernant le couple et la vie de famille.

La vision du couple au Japon.

L’homme au Japon n’est ni plus ni moins qu’une machine à produire du fric pour que madame puisse s’occuper des enfants à la maison. C’est une vision simpliste et archaïque mais qui a toujours cours ici. L’homme doit seul pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Autre point d’importance : Les enfants d’abord. Une fois qu’ils sont nés, il n’y a plus de couple. Voici un témoignage assez typique que j’ai trouvé en ligne sur ce que peuvent endurer les pères étrangers. Et je ne parle même pas de vie sexuelle… Apparemment, vous pouvez faire une croix dessus. Pour encore un certain nombre de femmes ici, on s’accouple simplement pour faire des enfants. Après, c’est fini. Pas étonnant donc que l’industrie du porno pèse des milliards ici… Mais n’imaginez pas que ce genre de comportement est dirigé envers les hommes étrangers car les hommes japonais sont les premiers à en souffrir.

La politique de l’enfant-roi.

Dans un pays avec un nombre de naissances très faible et où règne une culture quasi-militaire de la réussite, autant scolaire que professionnelle, l’enfant japonais a donc une place centrale au sein de la famille. Tout le monde s’y met pour lui offrir les meilleures chances : Le père travaille plus pour gagner plus, la mère arrête souvent son travail pour s’occuper à plein temps du ou des bambins et les grands-parents apportent toute leur disponibilité pour faire office de garderie. Et le plus étonnant dans tout ça, c’est que tout le monde s’en accommode et trouve ça normal. Chacun se dédie à son rôle et comme vous le savez sûrement le Japon est un pays où on ne se plaint pas.

Le Japon est un pays où les enfants sont instruits et bien élevés, ça ne fait aucun doute. Cependant, cela se fait au détriment des parents et surtout des pères.

Le rôle du père.

Qu’ils soient japonais ou étrangers, il faut savoir que les pères n’ont aucun droit ici. Lors d’un divorce, la mère emporte la garde des enfants dans 99% des cas et tous les droits qui vont avec. Si elle décide que vous ne verrez plus jamais vos enfants, il n’y a pas grand chose que vous puissiez faire. Et en général, la belle-famille fait bloc derrière et il n’y a pas d’arsenal légal pour vous aider. Aux U.S.A notamment, le cas des mères japonaises kidnappant leur enfant pour le rapatrier en secret au Japon est un problème bien connu (article en anglais) et source de tensions entre les deux pays. Là encore, rien de concret qui puisse être fait contre ça. Beaucoup d’hommes se retrouvent ainsi complètement effacés de leur vie de famille et cette situation est plus difficile à accepter pour les occidentaux.

Niveau travail comme je l’ai dit plus haut, il va falloir mettre les bouchées doubles pour nourrir tout ce petit monde et au Japon, l’éducation est très chère. Du jardin d’enfants jusqu’à l’université, élever un enfant au Japon coûte une fortune. Il va donc falloir s’investir à fond au travail et ça se traduit forcément par moins de temps à la maison. Il existe bien un congé paternel ici apparemment, mais vous vous doutez bien qu’il n’est quasiment jamais utilisé.

Face à cette avalanche d’obstacles, il est compréhensible que de nombreux d’hommes japonais soient de plus en plus réfractaires à l’idée de s’engager et de faire des enfants, ce qui explique en partie la baisse démographique sur l’archipel. Le modèle familial classique commence à être démodé et n’est plus attrayant pour les jeunes générations.

L’opportunisme pour les étrangers.

Je ne vais pas m’étendre ici sur les différences culturelles entre les japonais et nous français car il y en a assez pour écrire une encyclopédie en plusieurs volumes. Disons simplement que ça rajoute des obstacles au quotidien.
En tout cas, pour de nombreux étrangers ici, se marier semble être un excellent deal. Et c’est justement le débat que je veux soulever dans cet article. Car pour vivre au Japon, il est obligatoire d’être en possession d’un visa quel qu’il soit. Et pour s’épargner les procédures de renouvellement fréquentes et/ou fastidieuses, il est intéressant de passer au statut d’époux. Vous devenez ainsi libre d’exercer le métier qu’il vous plaît, sans contraintes horaires ni restrictions. C’est un visa qui vous permet par conséquent d’envisager votre vie au Japon sur le long terme car il est donné pour plusieurs années. Et comme les japonais ont tendance à parler mariage très tôt, les choses peuvent s’accélérer très vite pour vous que ce soit par amour ou par commodité. D’où l’impression à première vue que ce ne peux être qu’une bonne idée. Du coup, j’espère que cet article vous aidera à repenser votre manière de voir les choses.

J’ajoute rapidement qu’il ne faut pas non plus sous-estimer l’attrait que représente un bébé half – c’est-à-dire métis – pour de nombreuses japonaises. Beaucoup ont cet objectif en tête et sont prêtes à tout pour en avoir un quitte à se servir de vous comme d’une banque du sperme ambulante. Alors messieurs, ne soyez pas candides et ne faites pas d’enfants sans réfléchir ou par inadvertance ! De plus, les japonais sont assez « pro-life » et même si l’avortement est légal ici (bien que cher), vous prenez le risque de faire face à un refus d’avorter.

Mes conseils.

Pour éviter au maximum à voir à subir un divorce douloureux après un mariage raté, voici quelques conseils à appliquer parfois avant même de vous laisser passer la bague au doigt :

  • Parlez japonais. Vous vous intégrerez plus facilement au sein du clan familial de votre moitié et serez ainsi mieux accepté et plus difficilement mis à l’écart. Plus d’investissement personnel et de communication vous seront bénéfiques. Vous deviendrez aussi plus important et serez mieux perçu et évidemment mieux compris. L’impact de la pression familiale peut être très fort au Japon et il ne faut surtout pas le négliger.
  • Apprenez et comprenez la culture japonaise mais sans vous y soumettre totalement ! Ce point-là est important. Pour ne pas être désagréablement surpris par les comportements des locaux, il est important d’en savoir le maximum. Knowledge is power comme dirait quelqu’un… Mais rien ne vous oblige à vivre à la lettre comme les japonais. Quand on se marie avec une personne d’une autre culture, c’est aussi pour vivre une expérience différente.
  • Déminez le terrain. Maintenant que vous êtes un peu plus au courant de la manière dont fonctionnent les ménages au Japon, parlez-en le plus tôt possible avec votre moitié pour éclaircir les éventuels points de friction et vous assurer que vous êtes bien sur la même longueur d’onde sur les sujets principaux. À vous d’être fin sur ce coup-là.
  • Réfléchissez-y à deux fois ou repoussez l’échéance. C’est votre mariage quand même, c’est important. Ne vous mariez pas sur un coup de tête avec quelqu’un que vous n’êtes pas sûr de bien connaître. Et ne cédez pas à la pression non plus !
  • Vivez dans un autre pays. Que ce soit en France ou dans un pays tiers, loin du carcan traditionnel pesant et d’un cercle familial qui peut s’avérer intrusif, vous serez plus concentrés sur votre couple et adopterez des mœurs plus modernes et paritaires qui ne pourront que vous être bénéfiques.

Je ne peux pas finir cet article sans une once d’espoir après cette avalanche d’explications assez négatives. Partout dans le monde, les habitudes culturelles et traditionnelles ont tendance à s’effacer et à se restructurer et le Japon n’y échappe pas. De plus en plus d’étrangers viennent vivre au Japon et apportent avec eux leur mentalité et leur style de vie. De l’autre côté, de plus en plus de japonais développent une mentalité à l’occidentale ou en tout cas plus internationale et aspirent à vivre de manière différente.
Je suis aussi partisan du fait que partout, il est possible de trouver chaussure à son pied. Et je ne peux également pas m’empêcher de penser au vieux dicton qui dit : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » J’ose donc espérer que la majorité des étrangers en couple binational avec des japonais sont moins « visibles » que ceux qui ont connu l’échec et ont décidé d’en parler.

Et vous, vous vous marieriez au Japon ? Et si c’est déjà fait, prenez quelques minutes pour laisser un commentaire sur votre expérience, positive ou négative !

À bientôt sur MycrazyJapan !

 

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