La misogynie au Japon

Soyons honnêtes : quand on entend parler d’abus, de sexisme ou de discrimination envers les femmes, on pense d’abord à des pays du Moyen-Orient ou d’Afrique avant de penser au Japon.

Et pourtant la misogynie, le machisme et le sexisme sont très présents sur l’archipel. Et même si ce ne sont pas des phénomènes endémiques au Japon, ils sont véritablement ancrés au cœur de la société. Ce n’est pas forcément quelque chose qui saute aux yeux au début, mais après quelques années à vivre ici, il devient impossible de le nier. C’est quelque chose que j’aurai clairement pu ajouter à ma liste de mauvais aspects sur le Japon, mais je pense que ça valait un article à part entière.

Pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, il existe un indicateur efficace. Le Gender Gap Index (Rapport mondial sur la parité entre les genres) qui mesure et compare les inégalités hommes-femmes dans le monde. Chaque année, ce rapport très complet et précis incluant un classement des pays est produit par le World Economic Forum. Début 2018, les chiffres pour l’année 2017 sont tombés (chiffres ici en anglais). Et le Japon est très loin de briller puisqu’il se classe en 114ème position sur 144 pays étudiés. Juste devant l’Éthiopie… C’est bien en dessous de la moyenne établie par l’institution et très loin derrière des pays comme le Zimbabwe ou le Bangladesh par exemple ! La France en comparaison est placée 11ème.

Le Japon se situe clairement dans la partie basse du tableau, parmi les mauvais élèves.

Mais alors pourquoi le Japon est-il si mal classé ?

Les 4 critères comparés dans ce rapport sont la santé et le taux de survie (ainsi que l’espérance de vie notamment), l’ac­cès à l’édu­ca­tion, le poids dans la vie politique. Le dernier critère est la participation économique des femmes dans la société. Si le Japon se place sans surprise assez bien sur les volets de la santé et de l’accès à l’éducation de ses citoyennes, il échoue vraiment sur les deux critères suivants.
Et c’est bien là le problème principal du Japon : C’est que les femmes, pourtant nombreuses et bien éduquées, ont une place assez restreinte dans la société nippone. Elles ont peu accès à des postes à responsabilités, ont des salaires souvent plus bas que ceux des hommes et des droits civiques égaux à ceux des hommes, mais seulement en apparence. Elles sont régulièrement soumises au sexisme et à des pressions ou des discriminations en raison de leur sexe. Et à cela s’ajoute aussi parfois des règles complètement farfelues ou hors du temps les concernant.

Pour vous donner une petite idée de ce dont je parle, voici une petite compilation d’exemples récents concernant des événements particulièrement dégradants et humiliants envers les femmes.

Bien évidemment chaque pays à sa culture propre et des standards sociaux différents. Il faut prendre en compte un certain nombre de paramètres spécifiques avant d’émettre un avis critique. Mais je pense que cela ne doit en rien excuser ce genre de mentalité et ces attitudes archaïques.
En général, on entend peu d’informations choquantes concernant le Japon. Mais c’est lorsque ce genre d’incidents fait soudainement la une des journaux du monde entier qu’on se rend compte à quel point la condition des femmes est mauvaise dans le pays.

Le monde du silence

Et c’est justement l’un des principaux obstacles au changement des mœurs ici : Il règne au Japon une omerta totale sur tout sujet qui pourrait faire polémique. Et la condition des femmes est donc régulièrement passée sous silence malgré des scandales de plus en plus bruyants.
Un exemple flagrant de ce problème est le peu d’écho qu’à trouvé le mouvement #MeToo sur l’archipel. Depuis des mois dans d’innombrables pays du monde, les femmes se sont servis de cette affaire sordide comme d’un tremplin pour essayer de changer les choses par divers moyens. Et bien que le Japon soit un pays où des avancées en la matière devraient être faites concernant la situation des femmes, il ne s’est pour ainsi dire rien passé. Le mouvement a été un flop total ici, même si quelques voix se sont élevées comme celle de Shiori Ito provoquant quelques réactions et débats.

Dans son ensemble malheureusement, la société japonaise est restée plus passive et observatrice face à cette affaire, que réactive et autocritique. Il y a dans ce pays une chape de plomb culturelle et personne n’ose jouer au Name and Shame sous peine d’être mis au ban de la société.

Le modèle familial nippon

Ce modèle est simplissime car archaïque : une femme ça se marie tôt, ça enfante et ça reste à la maison à s’occuper de l’entretien de sa maisonnée. Le mari lui, travaille tout le temps pour rapporter de l’argent et nourrir son monde. C’est le modèle qui avait cours dans les sociétés occidentales dans les années 50′ ! Il n’y a eu aucune révolution dans les foyers nippons depuis des décennies. Les rôles de chacun n’ont pas bougé d’un pouce. Et personne n’ose contester ou mettre un orteil en dehors de ce modèle préétabli de peur d’être pointé du doigt et accusé de vouloir bouleverser tout le système.
Et franchement qui peut blâmer les femmes japonaises de vouloir se réfugier au sein de ce système préfabriqué quand on sait à quel point les conditions de travail sont dures pour elles dans le monde du travail : Salaires plus faibles que leurs homologues masculins, peu d’opportunités d’évolution au sein de l’entreprise, l’épée de Damoclès que constitue la maternité avec le *matahara (マタハラ), etc.
Par conséquent, la vie professionnelle d’une femme s’arrête généralement lorsqu’elle a des enfants. Les entreprises rechignent à donner des responsabilités et faire progresser des personnes qui vont s’arrêter de travailler après quelques années pour procréer.

*discrimination, harcèlement professionnel à l’égard des femmes enceintes. Abréviation de マタニティーハラスメント (matanitii harasumento), de l’anglais « maternity harassment ». Il toucherait une femme sur cinq sur l’archipel.

À l’ancienne !

Un système vieillissant

On dit souvent du Japon qu’il est un pays qui allie tradition et modernité. C’est vrai mais la modernité n’y est que technologique car les mœurs sont elles bien restées ancestrales. Le Japon est resté un pays régi par des règles figées et résistant aux changements sociétaux. Et c’est une autre raison pour lesquelles la misogynie et le sexisme prédominent toujours ici : Les choses changent doucement, voire pas du tout. Pas de grèves, pas de manifestations pour obtenir plus de droits, pas de Femen, même pas de solidarité je dirais.
Le Japon est un pays sans vagues, avec très peu d’autocritique sur la façon dont fonctionne les choses. Et dans un pays vieillissant et toujours contrôlé par les hommes, les femmes japonaises ont du mal à s’émanciper et devenir des femmes modernes comme dans d’autres pays. À cela s’ajoute, la crainte d’être mise à l’écart, de créer des problèmes, d’apporter l’opprobre sur sa famille ou son entreprise, la nécessité de faire comme tout le monde et l’accomplissement de ses devoirs envers les autres avant l’accomplissement personnel.

Conclusion : Des solutions trop timides

Souvent, face aux protestations, les personnes ou entités concernées s’excusent, mais le changement dans les pratiques se fait toujours attendre. Le système en lui-même n’est pas remis en cause. Quelques solutions ont été pensées pour améliorer le quotidien des femmes comme les wagons spéciaux dans les trains ou les sièges réservés pour femmes dans les boites de nuit. Mais c’est apporter une solution sans résoudre un autre problème, celui des attouchements dans les lieux publics.
Des nouvelles lois ont aussi été votées par le gouvernement de Shinzo Abe (appelées Womenomics) pour tenter de faire revenir les femmes sur le marché du travail. Mais c’est plus pour des raisons économiques qu’autre chose (comprenez une démographie qui s’effondre depuis des années et de moins en moins de travailleurs disponibles car il y a aussi peu d’immigration). Les entreprises ont toujours eu une forte emprise sur le monde politique ici et ce sont elles qu’il faut satisfaire en premier.

Des décisions ont été prises donc et on va globalement dans le bon sens, mais le changement risque d’être lent. Sincèrement, on ne voit pas encore l’ombre d’un résultat pour le moment car je doute de la capacité d’un pays tout entier à pouvoir transformer ses habitudes rapidement. Et pour ceux qui connaissent un peu le Japon, vous savez qu’ils peuvent vous construire un convenient store en 2 semaines. Mais en ce qui concerne les changements de mœurs, ils sont bons derniers…

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1 Comment

  1. Très intéressant merci beaucoup. Je suis allé souvent au Japon et j’adore ce pays où j’ai des amis mais les voyages sont toujours trop courts pour prendre conscience de ces sujets.

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